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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayL’été est d’habitude riche en tournages de séries télévisées au Québec, mais c’est moins le cas, cette année. Des chiffres montrant un déclin de la production avaient déjà nourri l’inquiétude du milieu en juin.
Le récent recul du Canada quant à la taxe sur les services numériques et les efforts budgétaires demandés tant du côté fédéral que provincial ne font qu’alimenter les craintes.
Généralement, l’été est la saison la plus occupée, mais on voit un ralentissement, constate Gabriel Pelletier, président de l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ).
Beaucoup de nos membres sont sans contrat en ce moment, parce que des séries n’ont pas été renouvelées ou des projets de séries n’ont pas abouti. On a des réalisateurs en détresse, notre fonds de secours est très sollicité.
Le 3 juin dernier, le Profil de l’industrie audiovisuelle au Québec dévoilé par l’Observatoire de la culture et des communications faisait état d’une baisse de 22 % en valeur et de 27 % en nombre de la production télévisuelle québécoise de fiction en 2023-2024, comparativement à l’année précédente.
Pour le moment, aucun chiffre n’est disponible pour 2025, mais, sur le terrain, la situation se détériore. On sent bien qu'il y a moins de gens qui travaillent ces temps-ci, indique Hélène Messier, présidente-directrice générale de l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM).
On voit bien qu’il y a des projets qui ne voient pas le jour et qu’on exige des scénaristes d’écrire de plus en plus rapidement ou d’écrire avec des ciseaux à la main pour pouvoir couper des scènes afin de réduire les coûts, ajoute Laurent Dubois, directeur général de la Société des auteur.e.trice.s de radio, télévision et cinéma (SARTEC).

Laurent Dubois est le directeur général de la SARTEC.
Photo : Radio-Canada / Arnaud Perron-Bouchard
Moins de publicités et d’abonnements au câble
Plus coûteuses à produire que des magazines, les séries pâtissent du manque d’argent des diffuseurs traditionnels. Les revenus générés par la câblodistribution baissent, et les plateformes numériques détenues par des géants du web accaparent une part grandissante des recettes publicitaires.
Certes, les diffuseurs traditionnels ont lancé leurs propres plateformes comme Crave, illico+ ou Tou.tv, mais ces dernières doivent affronter la concurrence de Netflix, Prime Video ou encore Apple Tv+.
En parallèle, la contribution du Fonds des médias du Canada – principal soutien à la production de séries – a diminué, entre 2021-2022 et 2022-2023, de 8 % pour l’ensemble de la production télévisuelle québécoise et de 3,4 % pour la fiction.
Ce fonds est en grande partie alimenté par les recettes de la distribution de services de télévision par câble, par satellite et par IP au Canada alors que les Canadiens se désabonnent de la télévision traditionnelle pour les plateformes en ligne.
Le public est là, le talent est là, mais le financement n’est pas là. C’est vraiment ça, le problème.
Comment résister aux géants du web?
Si les poches des diffuseurs se vident, rien ne garantit qu’Ottawa et Québec puissent soutenir la production télévisuelle québécoise à la hauteur de ses besoins.
Au début de juillet, François Champagne, ministre des Finances et du Revenu national, a demandé à ses collègues ministres de se serrer la ceinture et, du côté de Québec, l’heure est à la discipline budgétaire.
À ces sources d’inquiétudes s’ajoute l’annulation, annoncée le 30 juin, de la taxe sur les services numériques, qualifiée d’attaque directe et flagrante des États-Unis par le président américain, Donald Trump.
L’argent généré par cette taxe ne serait pas directement allé au milieu culturel, mais la décision ne rassure en rien le milieu télévisuel qui attend du gouvernement fédéral qu’il se tienne debout devant les géants américains du web, proches de Trump.
Qui plus est, plusieurs grandes plateformes de diffusion en continu internationales, comme Apple ou Amazon, contestent l’obligation de verser 5 % de leurs revenus canadiens annuels à un fonds consacré à la production de contenu canadien, comme l’exige la réforme de la Loi sur la radiodiffusion, adoptée en 2023. La Cour fédérale d'appel n’a pas encore statué.
Et si la cour donne finalement tort aux plateformes américaines, est-ce que Donald Trump ne pourrait pas considérer cette contribution de 5 % comme une taxe déguisée et faire pression sur Ottawa pour que Netflix, Disney+ ou encore Prime Video n’y soient pas soumis?
La décision est soit politique, soit juridique – si on parle du CRTC – mais il faut que les gouvernements qui nous ont entendus, je pense, aient le courage d’affronter les géants du web, qui ont des pouvoirs que nous n’avons pas.
Ces questions rendent l'avenir très incertain, selon Hélène Messier. Est-ce que le gouvernement fédéral va continuer de reculer en matière de protection de notre culture contre les Américains?, s’interroge-t-elle.
Mark Carney avait fait des promesses pendant la campagne électorale concernant la culture québécoise, poursuit-elle. Eh bien, le respect de la culture québécoise et de la langue française passe notamment par le financement de la création de la production audiovisuelle.
La pression est très forte, ce ne sera pas long avant qu’on se fasse dévorer, soutient Laurent Dubois.

Des séries québécoises sont tout de même tournées, cet été, comme « Bon Cop, Bad Cop » à Wendake
Photo : Radio-Canada
Des conséquences concrètes pour les téléspectateurs
Pour les téléspectateurs, le déclin de la production de séries québécoises est déjà manifeste sur nos écrans. Des séries ont été supprimées, comme Sorcières, qui domine pourtant dans les nominations aux prochains prix Gémeaux, d’autres comptent moins d’épisodes.
Il y a moins de séries à gros budget, note Gabriel Pelletier. Ça se ressent à l’écran, les scènes de foule n’existent pratiquement plus. Et les séries sont de moins en moins tournées à l’extérieur de Montréal.
Les diffuseurs vont quand même devoir remplir leurs cases horaires, alors on va avoir plus de versions doublées d’émissions américaines, craint Hélène Messier. On a mis 50 ans à bâtir une industrie, ce n’est pas pour reculer. Ce serait désastreux pour notre culture.

Céline Bonnier, l'une des actrices de la série « Sorcières ».
Photo : TVA
Le risque est également de voir les séries québécoises perdre en créativité et en audace. Moins on a d’occasions de produire des séries, et plus on va produire des choses convenues, surtout que la concurrence avec les plateformes en ligne fait que personne ne veut manquer sa shot, explique Laurent Dubois.
Si tout le monde devient frileux et qu’on produit des projets plus conformes, il y a un vrai risque, pour la télé québécoise, de perdre une partie de son identité, poursuit-il.
Si les diffuseurs prennent moins de risques, ils vont peut-être plus se tourner vers des noms connus, au détriment des talents émergents ou issus de la diversité, croit Hélène Messier.
Autre danger : nuire au rayonnement des séries québécoises à l’international, alors même que ces marchés étrangers sont source de revenus. Si on veut vraiment que nos séries télé se fassent une place dans la francophonie, il va falloir qu’on produise davantage, affirme Laurent Dubois.
Le risque d’une désertion du public
La baisse de volume, et de qualité, de la production télévisuelle québécoise pourrait également amener le public québécois à s’en détourner, lui qui n’est plus aussi captif qu’à l’époque où le bilinguisme était moins courant et que les plateformes comme Netflix n’existaient pas.
Il y a une limite à couper dans le financement des séries et à continuer d’offrir de la qualité.
Les gens ont le choix. Avec les plateformes, ils voient des productions faites avec des moyens très importants, ajoute-t-elle.
Toutes ces craintes se font de plus en plus fortes au sein du milieu, tandis qu’Empathie – une série de qualité, créative et à forte personnalité – a suscité un énorme engouement au Québec à son arrivée sur Crave et a reçu le prix du public au festival français Séries Mania.
Voilà une série audacieuse et qui rayonne. Je ne dis pas que la recette est facile – il y a eu beaucoup de travail autour d’Empathie – mais tout le monde s’est donné les moyens, souligne Laurent Dubois.

Une scène de la série « Empathie »
Photo : Bell Média/Laurence Grandbois Bernard
Survivre en attendant des jours meilleurs
Malgré ce contexte morose, le milieu de la fiction télé québécoise garde espoir.
La création d’un incitatif fiscal pour pousser les entreprises à acheter des espaces publicitaires dans des médias ou des plateformes canadiennes plutôt qu’aux géants du web bénéficierait à la production de séries télé d’ici.
De plus, le Groupe de travail sur l’avenir de l’audiovisuel au Québec, mis sur pied par le ministre québécois de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe, pour réfléchir à la refonte du financement de l’audiovisuel et proposer des solutions concrètes rendra son rapport cet automne.
J’attends ce rapport plus que le père Noël, indique Laurent Dubois. Toutes les associations, dont la nôtre, ont fait de grandes demandes lors des consultations.
Rappelons que Mathieu Lacombe a également déposé en mai un projet de loi sur la découvrabilité des contenus, qui pourrait permettre aux séries québécoises d’être encore plus regardées si le projet est adopté.
Les prochains mois s’annoncent donc décisifs pour l’avenir des séries télévisées québécoises. Éventuellement, il va falloir faire payer les plateformes étrangères, explique Gabriel Pelletier, qui espère que le contexte politique finira par évoluer et devenir moins favorable aux géants du web. D’ici là, il faut aider nos diffuseurs à survivre pour pouvoir continuer à produire et s’assurer que nos auditoires restent fidèles à nos émissions.
On se bat contre la montre. Il faut tenir le coup!

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10 months ago
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