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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLorsque Solange Morrissette et Louise Nadeau racontent, tout sourire, la création du Festi Jazz de Rimouski, leur regard s’illumine. Elles sont visiblement heureuses de revisiter ces souvenirs marquants de leur jeune trentaine. À les écouter, on comprend qu’il fallait une bonne dose de front et de folie pour monter un tel festival à 600 kilomètres de Montréal, en 1986.
À l’époque, Solange Morrissette était chroniqueuse à la radio de Radio-Canada à Rimouski et Louise Nadeau était en changement de carrière, entre la direction de la Maison Lamontagne et celle de l’Association touristique de la Gaspésie. Toutes deux sont des amatrices de jazz de longue date.
Un soir où la première, le cœur brisé par une grosse peine d’amour, retrouve un groupe d’amis au Bar-O sur l’avenue de la Cathédrale pour se remonter le moral, une étincelle survient.

Solange Morrissette avec le pianiste de renom Vic Vogel, disparu le 16 septembre 2019
Photo : Roy Hubler/Gracieuseté de Solange Morrissette
Dans ce repaire de toute la jeunesse rimouskoise, le pianiste Jean Rabouin donnait ce soir-là un spectacle, raconte la cofondatrice du festival. Alors, je ne sais pas à notre combientième bière, on s'est dit : "Pourquoi qu'on ne partirait pas ça, nous autres, à Rimouski, [un festival de jazz]? On est capable de faire ça!” lance Solange Morrissette, connue notamment pour avoir dirigé le ROSEQ quelques décennies plus tard.
Ça a allumé une flamme instantanément. Puis après ça, on s'est entourées de monde, Louise et moi, de [gens compétents] chacun dans leur domaine, poursuit-elle.
On est les premières surprises du 40 ans… On le faisait pour un an, pour avoir du fun!
Le pari du jazz
Les deux femmes reconnaissent que créer de toutes pièces un festival de jazz en région, dans les années 80, alors que le genre était peu connu du grand public, n’était pas gagné d’avance. Un événement comme ça, ce n’est pas facile ni à financer ni à gérer, affirme Louise Nadeau.

Le Festi Jazz se déroulait jadis à la mi-septembre.
Photo : Radio-Canada / Pier-Olivier Busque
On relit des articles [dans les journaux], puis on n’en revient pas de la magie qui a opéré rapidement! Même au niveau du financement… Mme Nadeau fait référence à la chance qu’elles ont eue de connaître un petit peu la ministre Monique Vézina, qui a accepté de leur donner une subvention de 10 000 $ pour leur projet de festival de jazz. Ce n’était pas rien, 10 000 $, en 1986! souligne-t-elle.
Les deux femmes se félicitent d’avoir été aussi rêveuses et ambitieuses, pour reprendre leurs mots. Parce qu’après avoir obtenu le soutien du fédéral, elles ont convaincu le ministère de la Culture du Québec de contribuer à son tour.

Louise Nadeau et Solange Morrissette ont fondé, il y a 40 ans, le Festi Jazz de Rimouski.
Photo : Radio-Canada / Pier-Olivier Busque
Mais comment, maintenant, persuader des artistes de jazz de l’extérieur de se déplacer à Rimouski? C’est là que Claude Mongrain – alors agent de diffusion culturelle à la salle Georges-Beaulieu du Cégep de Rimouski – entre en jeu et fait aller ses contacts au Festival international de jazz de Montréal, qui existait depuis quelques années.
M. Mongrain faisait déjà venir de nombreux spectacles de Montréal pour animer la salle Georges-Beaulieu. Il organisait tous les spectacles qui se donnaient à Rimouski ou à peu près, raconte Mme Morrissette.
Louise Nadeau et elle se rappellent avoir été regardées de haut, d’abord, par les diffuseurs montréalais, avant que la bande d’amis de Rimouski les convainque de l’aider.

Des billets de spectacles présentés lors de la toute première édition du Festi Jazz de Rimouski.
Photo : Radio-Canada / Pier-Olivier Busque
La première édition s’annonce déjà mémorable : les grands Michel Petrucciani, Vic Vogel, Karen Young et Michel Donato sont de la programmation.
Dès les premières années, le Festi Jazz va chercher de grandes pointures de la musique au Québec comme à l’international et gagne en crédibilité sur la scène culturelle. L’intérêt des médias pour ce tout jeune festival qui s’organisait à Rimouski a beaucoup aidé, rappelle Solange Morrissette.

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Un géant du jazz en visite à Rimouski en 1987 donne sa bénédiction au Festi Jazz, dans un reportage du journaliste Jean-François Roy.
Photo : Wikipedia
Le journaliste Laurent Leblond était un allié indéfectible, soutient-elle. Il allait jusqu’à écrire des cahiers spéciaux sur le Festi Jazz dans le journal, décrivent les instigatrices.

Publicité de la première édition du Festi Jazz dans le journal Le Rimouskois, le 16 septembre 1986
Photo : BAnQ
Le « chum » de Louise Nadeau, Jean Laporte, est à l’époque directeur des communications de Radio-Canada pour l’Est-du-Québec. Très vite, des captations de spectacles du Festi Jazz sont organisées par le diffuseur public, ce qui offre une grande visibilité au festival.
Mme Nadeau, celle qui tenait la sacoche, souligne aussi la présence d’un commanditaire incontournable et omniprésent dans les débuts : la bière Black Label.

Le pianiste français Michel Petrucciani en 1986, un verre de bière à la main. Disparu en 1999, il figure aujourd'hui au panthéon du jazz.
Photo : Autre banques d'images / Roy Hubler/Gracieuseté de Solange Morrissette
De nombreux spectacles étaient d’ailleurs présentés dans les bars de Rimouski, racontent les cofondatrices. Le chapiteau est venu plus tard.
On essayait de faire de l'animation dans les rues, mais là, c'était comme des dixiebands, ce qui était plus accessible. Les gens pouvaient s'accrocher à ça, et on essayait en même temps de se faire connaître. Ça faisait partie de notre mission parce que [le jazz], ce n'était vraiment pas connu, mentionne Louise Nadeau.

Publicité de la première édition du Festi Jazz dans le journal Le Rimouskois, le 16 septembre 1986
Photo : BAnQ
Le festival des oiseaux de nuit
Mais les moments les plus mémorables se déroulaient la nuit.
Alors qu’UZEB, groupe mythique de jazz fusion québécois mené notamment par le Bas-Laurentien Alain Caron, était de passage à Rimouski, on avait eu un permis pour ouvrir les bars 24 heures, raconte Louise, encore étonnée que son organisation y soit parvenue.
Les cofondatrices du festival mentionnent que les groupes invités se retrouvaient après leur spectacle pour jammer, faire de l’improvisation. Les gens sortaient du spectacle de la salle George-Beaulieu, puis ils nous disaient : "On s'en va où après, c'est où que ça va se passer?" relate Louise.

Le Musée de Rimouski accueille, parallèlement au 40e Festi Jazz international de Rimouski, une exposition qui retrace l’histoire du festival. Elle est présentée jusqu’au 6 septembre.
Photo : Radio-Canada / Pier-Olivier Busque
Elle se rappelle que le musicien bien connu Michel Cusson, qui faisait également partie de la formation UZEB, avait joué jusqu’à 4 h du matin au bar Le Clocher.
La foule, elle ne s'en allait pas. Tout le monde sentait que c'était un événement!
Question de boucler la boucle, ces deux fondateurs d’UZEB sont de la 40e programmation du Festi Jazz. La formation avait d’ailleurs fait un grand retour en 2017, devant 800 personnes, cette fois dans la salle de spectacles de Rimouski.

Les musiciens d'UZEB avaient été très généreux avec leur public rimouskois, en 2017. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Le pianiste Martin Roussel, qui a aussi été de l’organisation du Festi Jazz dans le passé, se rappelle comment le côté festif de l’événement et la proximité entre les musiciens et le public l’avaient marqué à son arrivée à Rimouski à la fin des années 1990.
Ce que j'aimais beaucoup, et ce qu'on ne doit jamais perdre, c'est le volet international. Le festival de Rimouski est reconnu aussi pour son volet international, martèle-t-il.
Frôler la faillite, puis se relever
Certaines éditions, au fil du temps, ont été plus sobres. Face à des difficultés financières et à des épisodes d’instabilité au sein de la direction, le festival a parfois dû faire des choix déchirants pour survivre.
Après une édition déficitaire en 2010, l’organisation s’est retrouvée sans équipe et près de la faillite. Le Festi Jazz, en 2011, a d’ailleurs failli ne pas se produire.

Le site du festival international du Festi jazz de Rimouski (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / François Gagnon
Dans la même période toutefois, le jazz connaît un nouveau souffle à Rimouski, avec la fondation du programme jazz pop au Cégep, une grande fierté pour Martin Roussel, son instigateur.
Le fait d’offrir, dorénavant, une formation en jazz à de jeunes musiciens, assure, à ses yeux, une relève et une pérennité au Festi Jazz.
Moi, quand je suis arrivé [à Rimouski], j'ai commencé tout de suite à penser à un programme jazz. J’ai dû m'exiler jusqu'aux États-Unis pour étudier. Ça n'avait pas de sens. Ça a pris 10 ans, si ce n'est pas 11, à convaincre tout le monde, raconte Martin Roussel, saluant notamment au passage Yvan Moreau, tromboniste et enseignant qui lui a donné un grand coup de main dans ce projet.
Puis finalement, en 2010, on l'a ouvert. Et pour moi, c'était le chaînon manquant. C'est vraiment ce qui permettait au festival d'avoir une assise, exprime le pianiste.

Emie R Roussel et ses musiciens au Festi Jazz de Rimouski
Photo : Radio-Canada / Xavier Lacroix
Pour la cofondatrice du Festi Jazz Louise Nadeau, l’événement contribue à perpétuer l’image de Rimouski comme d’une ville culturelle, qui bouillonne.
Tous s’entendent d’ailleurs pour dire que le festival a perduré grâce à tous les bénévoles qui ont donné de leur temps et de leur énergie, au fil du temps.
Sans les bénévoles [...], on n’aurait pas pu atteindre ce chiffre magique de 2026, soutient Martin Roussel, qui rappelle également l’apport important d’André Pérusse, à titre de directeur, et qui remercie les instigateurs du festival.

Solange Morrissette et le trompettiste Dizzy Gillespie, à la fin des années 80.
Photo : Radio-Canada / Gracieuseté de Solange Morrissette
À mon point de vue, la base magnifique qui doit perdurer, c'est l'esprit de fête et de famille, la musique, [...] la coopération entre les organismes, entre le festival de jazz et le programme jazz pop, affirme celui qui, non sans grand bonheur, voit désormais sa fille, Emie, jouer souvent, comme cette année, sur la scène du Festi Jazz.
C'est une fête! Il faut qu'on arrête de travailler et qu’on respire jazz!
Une phrase qu’il me plaisait [de dire] tout le temps, c’est : longue vie au plus grand des petits festivals de jazz du monde! lance Martin Roussel.

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4 days ago
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