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L’Opéra de Toronto présente de belles productions du Barbier de Séville et de Rigoletto

4 months ago 46

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C’est un demi-siècle d’opéra italien que le public de Toronto est invité à traverser au cœur de l’hiver. Jusqu’à la mi-février, la Compagnie canadienne d’opéra (COC) présente Le Barbier de Séville de Rossini (1816) et Rigoletto de Verdi (1851). Le public, conquis d’avance par ces deux productions déjà présentées ces dernières années au Centre Four Seasons pour les arts de la scène, est donc au rendez-vous.

Le « boys club » de Mantoue

Rigoletto est inspiré du drame de Victor Hugo, Le Roi s’amuse. Le bouffon du duc de Mantoue y est particulièrement piquant avec la cour de son maître et cela fait de lui la cible de toutes les inimitiés. Ses ennemis le suivent dans la ville et pensent avoir découvert le lieu où vivrait sa maîtresse qu’ils décident d’enlever.

Cette même femme, qui est en réalité la fille de Rigoletto, est l’objet des convoitises du duc, coureur de jupons maladif. C’est à lui que les courtisans livrent le fruit de leur rapt pour le plus grand malheur du bouffon qui se retrouve à ne pas pouvoir sauver sa progéniture de l’appétit des hommes.

La mise en scène de Christopher Alden situe l’intrigue dans un club de gentlemen de l’ère victorienne. Dès les premières notes, on sent tout le poids du boys club décrit par Martine Delvaux qui pèse sur le monde. L’impunité, la toxicité, le sentiment de toute-puissance des héros masculins que sont la noblesse et les courtisans se reflètent dans la noirceur des grandes boiseries qui recouvrent la scène. Le duc de Mantoue n’affirme-t-il pas que la beauté des filles est destinée à [égayer les hommes]? On ne pouvait pas imaginer un décor plus spectaculaire pour une lecture aussi sombre de l’œuvre.

Cet écrin, où chaque image est une étape qui nous hisse vers le drame, donne à la musique toute la place pour s’étendre et devenir grandiose. Les airs splendides s’enchaînent et l’orchestre de l’opéra, sous la direction de Johannes Debus, semble vouloir se dépasser face à un tel talent vocal, en particulier ceux de Quinn Kelsey qui incarne le rôle-titre et celui de Sarah Dufresne, qui jouait sa fille pendant les premières semaines d’exploitation.

La distribution du Barbier de Séville sur scène.

Le Barbier de Séville est présenté dans une mise en scène qui souligne l'aspect humoristique de l'histoire et des personnages.

Photo : Michael Cooper / COC

Les pieds nickelés de Séville

En parallèle de Rigoletto, le Barbier de Séville contraste par sa dimension humoristique. Le livret, inspiré de la pièce de Beaumarchais du même nom, mise sur les interactions grotesques de personnages à la fois attachants et ridicules.

Le Comte Almaviva tombe amoureux de Rosina, une jeune fille qui vient de s’installer à Séville avec celui qu’il croit être son père, Bartolo. Mais le noble apprend de Figaro, personnage combinard et facétieux, que cet homme est en réalité son protecteur, qui désire épouser la jeune fille. Almaviva veut donc se dépêcher de conquérir le cœur de Rosina, sans lui avouer sa position sociale ni sa fortune, afin de s’assurer de la sincérité de son amour.

La mise en scène de Joan Font plonge la comédie dans un univers clownesque, teinté de références aux théâtres de Labiche et de Beckett, où les chanteurs et les figurants qui les accompagnent sont costumés de couleurs vives et ont la démarche déséquilibrée par leur goût pour la piquette.

Il y a moins d’airs grandioses dans cet opéra que dans le Rigoletto. Les récitatifs comiques sont aussi nombreux. Une fois l’ouverture et la virtuosité du Largo al factotum passée dans la première demi-heure, tout l’intérêt de l’opéra réside dans la maîtrise des ressorts humoristiques de la part des interprètes.

Sur ce point, tout comme sur l’aspect vocal des performances, l’ensemble de la distribution est impeccable, notamment le baryton Luke Sutliff, qui est impressionnant de dextérité, jonglant entre exigence musicale et talent clownesque.

Rigoletto de Verdi, mise en scène de Christopher Alden et Le Barbier de Séville (The Barber of Seville) de Rossini, mise en scène de Joan Font, présenté par la COC au Centre Four Seasons pour les arts de la scène de Toronto jusqu’au 21 février 2026. Surtitres en français et en anglais.

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