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Drake : mystère autour d’une explosion plus importante que prévu lors d’un tournage

2 weeks ago 65

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Une énorme explosion dans un parc de Toronto, suivie d’un nuage en forme de champignon. Le 16 avril, vers 22 h 45, le tournage d’un vidéoclip du rappeur Drake a fait grand bruit dans plusieurs quartiers. Malgré nos questions répétées, les autorités torontoises ne divulguent pas la nature des explosifs utilisés pour ce tournage près de zones résidentielles.

C’était pas mal fort, résume Joseph Maurice, qui a entendu la déflagration de l’intérieur de son logement, près d’un kilomètre et demi plus loin. L’explosion, tournée au parc Downsview, est au centre du clip Shabang, de Drake, publié vendredi.

La Société immobilière du Canada (SIC), qui possède le parc, admet aujourd’hui que l'explosion était plus grande que prévu. L’agence fédérale reconnaît que l’information qu'elle a reçue des producteurs n’a pas reflété ce qui s’est ultimement produit sur le site.

Des conséquences pour la santé publique?

Le lendemain de l’explosion, la SIC avait dû offrir ses plus sincères excuses à nos voisins pour cette explosion qui l’a visiblement dépassée.

Dans un communiqué, elle assurait qu'il n'y a pas eu de risque pour la sécurité du public.

Seth Dworkin est moins catégorique. Le professeur de génie mécanique à l’Université métropolitaine de Toronto (TMU) regarde des images de l’explosion du 16 avril. C’est un volume important d’émissions, analyse-t-il.

Ça ressemble à beaucoup de particules en suspension, estime celui qui est aussi titulaire d’une chaire de recherche du Canada. Des particules de carbone. Et ça, ça peut se loger dans les poumons et provoquer des difficultés respiratoires. Elles sont cancérigènes.

Il nuance : puisqu’il s’agit d’un événement ponctuel, l’explosion à Downsview ne va pas influencer la qualité de l’air de manière dramatique, et certainement pas à long terme.

Mais ce genre d’exposition, on veut en avoir le moins possible dans la vie. Et on devrait être préoccupés par les personnes souffrant de troubles respiratoires. Les personnes dans le voisinage qui souffrent d’asthme ou de maladies pulmonaires sont beaucoup plus exposées à des troubles ou une détresse respiratoires à la suite d’un événement ponctuel comme celui-là, dit-il.

Les proportions [de ces gaz toxiques] peuvent dépendre de ce qu’on brûle.

Une explosion et un nuage en forme de champignon au-dessus d'un parc.

L'explosion au parc Downsview, le 16 avril, captée par un témoin.

Photo : x/DrakeDirect

Le professeur Dworkin note que parmi les sous-produits d’une telle explosion se retrouveraient du dioxyde de carbone et du monoxyde de carbone, dont l’inhalation est nocive pour la santé.

Ce type d'explosion aurait également pu causer des émissions d’oxyde nitreux, de dioxyde de soufre, et des gaz toxiques, énumère-t-il, mais il affirme que, pour le savoir avec certitude, il faut connaître la nature de l’explosif.

Mystère et boule de feu

Alors, qu’est-ce qui a brûlé, exactement, au parc Downsview, le 16 avril?

Nos nombreuses questions pour connaître ces détails – auprès de la Ville, des pompiers, des policiers et des gestionnaires du parc Downsview – sont restées sans suite.

À Toronto, les producteurs de projets cinématographiques doivent aviser les pompiers, les policiers, et Toronto Film lors de l’usage d’effets pyrotechniques. La Ville assure que certaines informations – type d’explosifs, quantité, mesures de sécurité envisagées – sont recueillies lors de productions semblables.

La Ville et les pompiers savent-ils quels explosifs ont été utilisés le 16 avril pour Shabang? Cette question, maintes fois posée, est également demeurée sans réponse.

Veuillez contacter la compagnie de production associée au permis, pour savoir quels explosifs ont été utilisés, nous répondent autant la Ville que le Service des incendies. Ils ajoutent ne pas pouvoir divulguer le nom de la compagnie de production; il contiendrait, selon eux, des renseignements personnels.

La SIC, propriétaire du parc Downsview, est tout aussi sibylline.

James Pasternak, le conseiller municipal du quartier qui entoure Downsview, se dit surpris par le refus de répondre des autorités. Il dit avoir reçu des dizaines de plaintes de résidents, dont certains évoquaient la qualité de l’air : Oui, les gens étaient inquiets au sujet de la qualité de l’air et de la fumée.

Je pense que s'il y a un enjeu de santé publique, si les gens s'inquiètent pour leur santé, [...] ils devraient savoir ce que contenaient ces explosifs. Ça devrait être public.

Un homme en habit

Le conseiller James Pasternak se dit surpris que la Ville de Toronto n'ait pas rendu publics les détails sur l'événement du 16 avril.

Photo : Radio-Canada

Les gens ont le droit de savoir, en particulier les gens qui souffrent de problèmes de santé sous-jacents, soutient James Pasternak. Ils ont assurément le droit de savoir s'il y avait des substances toxiques dans l'air.

Les résidents ont-ils le droit de savoir?

Jack Rozdilsky est professeur associé en gestion des désastres et des urgences à l’Université York. Il pense aussi que la nature des explosifs ne devrait pas être un secret.

Idéalement, cette information devrait être rendue publique. Car la communauté dispose d’un droit de savoir dans de nombreuses situations où une industrie a un impact sur la communauté élargie. En l'occurrence, ici, l’industrie de la production audiovisuelle.

Sans avoir de certitude, il se demande si des accords de confidentialité, qu’il qualifie de communs dans l’industrie du cinéma, ne seraient pas un obstacle à la transparence sur les événements du 16 avril. Et il a des doutes sur l’encadrement actuel de tels événements à Toronto.

Lorsqu’il s’agit d’une explosion d'une telle ampleur, se produisant dans une zone densément peuplée comme Toronto, peut-être qu’on a besoin de mesures qui vont au-delà de la procédure des permis actuels, évoque le professeur Rozdilsky.

Quand on constate que des questions sont posées, et que le public ne [reçoit pas de réponses], les questions demeurent.

L’entreprise de production Denim, responsable du tournage, et Universal Music n’ont pas répondu aux questions de Radio-Canada.

Le professeur Seth Dworkin, de TMU, rappelle que Downsview est entourée par une densité importante de population.

Si les gens dans le voisinage pouvaient sentir les émissions – et assurément, ils le pouvaient – c’est qu’ils respiraient ces émissions, dit le professeur de génie mécanique. Ça a donc bel et bien des répercussions sur les gens.

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