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De fleur solitaire à « band leader », l’éclosion de Flore Laurentienne

3 weeks ago 27

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Chaque album de Flore Laurentienne fait l’effet d’une longue marche hors du temps, une sorte de rêverie d’un promeneur solitaire. Au début du mois d’avril sortait Volume 3, ultime opus d’une série que Mathieu David Gagnon a commencée en 2019.

Le compositeur est en tournée pour présenter ses nouvelles œuvres. Il sera de passage à Toronto cette fin de semaine avant de continuer au mois de juin vers Ottawa, Montréal et le reste du Québec.

Le champ lexical de la nature

Il est difficile de décrire avec précision sa musique. Flore Laurentienne est pris entre deux mondes : loin des clichés néoclassiques, elle pourrait tout aussi bien être jouée par un orchestre symphonique. La rythmique est également importante, parfois franchement jazz, elle renforce la sensation de liberté de chaque pièce. Et malgré sa résistance à un classement ferme, on peut dire qu’on reconnaît la touche de Mathieu David Gagnon dès qu’on l’écoute.

Les pièces de Volume 3 sont jouées par un quatuor à cordes agrémenté de harpes et de batteries, en compagnie desquels le compositeur québécois joue sur différents claviers : du piano classique Steinway aux synthétiseurs des années 1970 type Moog Minimoog et Yamaha CS-50, en passant par l’orgue Casavant, inventé au début du XXe siècle. De cette réunion hétéroclite résulte une musique aérienne, enjouée, construite à la façon d’une suite de variations et de progressions où les rythmes évoluent comme le vent.

Fleurs, Fleuve, Navigation… Au même titre que le nom des pistes, les termes relatifs à la nature agissent comme des guides lorsqu’on se plonge dans ces compositions. En un sens, le champ lexical des territoires est plus pertinent que celui de la musique pour parler de la série des trois Volumes.

Volume 3, c’est le reflet du chaos ambiant, mais au bout de ça, je tenais absolument à ce qu’il y ait de la lumière, explique le compositeur, et la nature m’apporte cette lumière, elle me donne un lien de confiance avec le futur.

Glass, Reich et Connesson

Malgré un goût pour les merveilles du monde naturel et le fait que sa musique est régulièrement associée à des images (films, publicités et même défilés de mode), Flore Laurentienne préfère qu’on associe son travail aux sensations : C’est facile de dire qu’une musique est cinématographique, on pourrait dire ça des compositions de Jean-Sébastien Bach qui sont instrumentales, pense-t-il, défendant sa musique qui existe pour elle-même .

S’il demeure une symbiose entre l’homme et la nature, elle serait symbolisée par le mélange des instruments acoustiques et synthétiques dans lequel baigne Flore Laurentienne. Il a étudié la musique contemporaine au conservatoire, mais ne s’y est jamais vraiment senti à sa place, car, dans les pièces contemporaines du répertoire, l’électronique était souvent une bande ajoutée avec laquelle jouait le soliste et non pas créée avec lui.

Face à des pratiques dans lesquelles il ne se reconnaissait pas, Mathieu David Gagnon a réfléchi à sa manière de faire. Il remonte d’abord à Philip Glass, celui qui a eu l’idée de mettre des orgues dans la première version d’Einstein on the Beach, que le compositeur québécois considère comme une de [ses] grandes influences, si bien qu’il utilise parfois un synthétiseur similaire à celui choisi par Glass : Un Farfisa Combo Compact. Son autre modèle est Steve Reich, en particulier grâce à cette magnifique pièce qui s’appelle Four Organs, et où l’on retrouve à nouveau des Farfisa.

Un troisième nom s’ajoute à cette généalogie musicale : Guillaume Connesson, compositeur français dont Mathieu David Gagnon a suivi les enseignements. C’est pour lui les meilleurs cours de composition [qu’il] ait jamais eus. Grâce à cette rencontre, où il a étudié toutes les façons de faire de Mozart à Brahms, en passant par Tchaïkovsky, il a pu développer sa technique.

Des visages au bout de la portée

Il faut aller plus loin quand on pense à Flore Laurentienne, en oubliant notamment l’image du compositeur solitaire. Jouer en groupe est sa plus belle récompense. Si Volume 1 est le résultat de longues expérimentations, Volume 3 l’a confirmé dans son goût d’être un « band leader ». Il s’enthousiasme : J’aime jouer devant des gens, faire de la musique avec des gens, je suis moins heureux quand je fais des maquettes tout seul devant un ordinateur, confie-t-il.

Cette présence qui l’entoure est à l’origine de l’évolution qui s’écoute entre Volume 1 et Volume 3. Matthieu David Gagnon se rappelle que, pour le premier album, il a pas mal tout fait tout seul, puis qu’un noyau de musiciens est apparu pour Volume 2. Désormais, lorsqu’il écrit, il « a des visages au bout de la portée ». Il donne à ses comparses des « lignes plus personnelles », car il sait « comment ils vont les interpréter ».

En retour, il sent de ses musiciens une écoute qui lui permet de s’exprimer au plus près de ce qu’il ressent : « Après sept ans, ils connaissent mon langage, ils savent que quand j’écris glissando, c’est à partir de la moitié de la valeur de la note que ça commence ». De fleur solitaire, Flore Laurentienne est devenu un paysage riche et fourni. Et c’est là que Volume 3 trouve sa plus belle lumière.

Flore Laurentienne sera à Toronto le 16 mai, à Montréal le 26 juin, à Ottawa le 27 juin, à Petite-Vallée le 30 juin et à Baie-Saint-Paul le 24 juillet.

L’album Volume 3 est publié chez Secret City Records.

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