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Au-delà du mythe, l’histoire d’Aurore racontée dans un documentaire

8 months ago 120

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Ancré dans la mémoire collective québécoise, le calvaire subi par la petite Aurore Gagnon, morte de maltraitance à l’âge de 10 ans en 1920, s’est surtout gravé dans les esprits grâce au théâtre et au cinéma. C’est pour raconter cette histoire de manière factuelle que Jean-Simon Chartier a eu l’idée du documentaire Aurore : entre mythe et réalité.

Il y a une histoire à raconter qui n’est pas celle que la fiction nous a donnée, explique ce réalisateur et producteur de documentaires, qui a voulu se pencher davantage sur cette affaire après avoir regardé un reportage de Radio-Canada.

Il y a une manière de la raconter, plus historique et factuelle, pour comprendre comment cette histoire est devenue un mythe.

Éric Bédard et Janette Bertrand comme intervenants

Pour rester dans les faits, Jean-Simon Chartier a pu s’appuyer non seulement sur les archives mais aussi sur des objets – une matraque ou encore un fer à friser utilisé pour brûler Aurore – saisis lors de l’enquête menée en 1920 et conservés par la Sûreté du Québec.

Il a aussi fait appel à plusieurs historiens – Éric Bédard, Myriam Wojcik, Marie-Aimée Cliche, notamment spécialiste de l’histoire de la maltraitance des enfants –, de même qu'à l’auteur spécialisé en affaires criminelles Daniel Proulx, à l’avocate Elfriede Duclervil, à la critique de cinéma Manon Dumais ainsi qu’à Éric Veillette, auteur du livre L'affaire Aurore Gagnon : le procès de Marie-Anne Houde.

Dans ce documentaire, on trouve également Luc Dionne, qui a réalisé Aurore en 2005, Hélène Bourgeois Leclerc, qui a incarné Marie-Anne Houde dans ce film, et Janette Bertrand.

La centenaire, qui a joué dans le film de 1952 La petite Aurore, l'enfant martyre, nous éclaire sur cette époque.

Aurore, c’est la martyre d’un moment dans notre histoire, explique Janette Bertrand dans le documentaire. C’est très nouveau que l’on ne batte pas les enfants. Mon père disait de lui[-même] : "Je ne suis pas un vrai homme, je n’ai jamais levé [la main] sur ma femme et mes enfants."

Il faut rappeler le contexte historique, ajoute Jean-Simon Chartier. Dans le documentaire, on parle beaucoup de la famille et du clergé, qui encourageait les familles à corriger les enfants.

Janette Bertrand est assise dans une salle de cinéma.

Janette Bertrand a tenu un des rôles principaux dans le film La petite Aurore, l'enfant martyre en 1952.

Photo : MC2 Communication Média

Un mythe créé par le théâtre et par le cinéma

Le documentaire revient sur la vie d’Aurore Gagnon, qui a perdu sa mère à l’âge de huit ans, sur sa mort consécutive aux sévices infligés par sa belle-mère, Marie-Anne Houde, et par son père Télesphore Gagnon, ainsi que sur les procès de ces derniers. Il aborde ainsi la manière dont les enfants étaient interrogés en tant que témoins il y a un siècle et la différence de traitement entre la marâtre et son mari.

De plus, il s’intéresse au rôle joué à l’époque par une presse sensationnaliste et friande de faits divers, de même qu’aux œuvres qui ont entretenu le mythe autour d’Aurore : la pièce de théâtre et les deux films, respectivement produits en 1952 et en 2005.

Écrite dès 1921, la pièce Aurore, l'enfant martyre a été présentée pendant une trentaine d’années au Québec ainsi qu'en Ontario et en Nouvelle-Angleterre. C’est le plus grand succès du théâtre au Québec. Ça a joué plus de fois que le spectacle Broue, explique la critique Manon Dumais dans le documentaire.

Alors que les pièces proposées à l’époque étaient souvent issues du théâtre américain, Aurore, l'enfant martyre a permis aux Québécois de se reconnaître sur scène.

Par la suite, l’histoire d’Aurore morte sous les coups de ses bourreaux a été reprise dans plusieurs romans avant que le cinéma ne s’en empare. La petite Aurore, l'enfant martyre est devenu un gros succès auprès d’un public qui raffolait alors des mélodrames. Pendant les projections, les gens criaient et pleuraient.

Grâce à ce film, si mauvais soit-il, on n'a jamais oublié ce qui est arrivé à Aurore, souligne Manon Dumais dans le documentaire.

Des peluches et des fleurs sur la tombe d'Aurore Gagnon.

La tombe d'Aurore Gagnon à Fortierville. (Photo d'archives)

Photo : MC2 Communication Média

Rendre hommage à Aurore

Le documentaire s’achève sur le souvenir d’Aurore que des bénévoles entretiennent à Fortierville, dans la MRC de Bécancour, où elle est morte. Là-bas, un portrait d’Aurore a été réalisé à partir d’une vieille photo de classe pour que la petite fille, dont on ne sait finalement pas grand-chose de la personnalité, reste dans les mémoires.

Pour Jean-Simon Chartier, il était essentiel que le documentaire s’attarde sur le visage de cette enfant.

C’est terrible, une fillette qui perd la vie à cet âge-là et dont personne ne pourra connaître les aspirations. Il faut s’assurer de ne pas l’oublier.

Que l’histoire ne se répète pas : c’est également le souci des bénévoles de Fortierville, alors que la mort de la fillette de Granby, évoquée dans le documentaire, prouve que la maltraitance n’appartient pas qu'au passé.

Réalisé par Sébastien Rist et Aude Leroux-Lévesque, Aurore : entre mythe et réalité est diffusé ce lundi à 20 h sur ICI TÉLÉ et sur ICI TOU.TV (nouvelle fenêtre). Il restera ensuite disponible sur la plateforme.

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