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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayEn spectacle à Montréal, Québec et Ottawa au cours des prochains jours dans le cadre de sa tournée In The Hour of Chaos, l’autrice-compositrice-interprète Allison Russell vient présenter un univers vibrant et rassembleur à l’image de son troisième album studio paru en juillet dernier.
Originaire de Montréal et désormais établie à Nashville, la chanteuse primée aux Juno et nommée à plusieurs reprises aux prix Grammy se confie avec franchise, générosité et humilité. Elle y évoque un parcours empreint de résilience, la portée thérapeutique de l'écriture et la manière dont la solidarité et l’esprit de communauté nourrissent sa musique.
Votre démarche artistique accorde une place centrale à la résilience et à la communion. Dans quel état d'esprit avez-vous abordé vos récentes créations et cette nouvelle tournée qui vous ramène au Québec?
Allison Russell : Cela m'apporte une joie immense de créer avec des artistes que j'admire profondément et qui nourrissent ma propre inspiration. Nous traversons une époque particulièrement lourde et exigeante à l'échelle planétaire. Pouvoir chanter, jouer et créer de la musique ensemble agit comme un véritable baume sur mon esprit. C'est un privilège qui m'apaise et me redonne un réel espoir. Revenir à Montréal et à Québec avec cette énergie partagée a une résonance toute particulière pour moi.

Allison Russell a grandi à Montréal avant de déménager à Nashville en 2017. (Photos d'archives)
Photo : Getty Images
Vous évoquez souvent la musique comme un vecteur de guérison. En quoi le fait de composer et de chanter constitue-t-il une thérapie personnelle?
A.R. : C'est entièrement thérapeutique; c'est véritablement ma thérapie. La grande Dolly Parton disait souvent qu'écrire des chansons représentait sa forme de thérapie, et je ressens exactement la même chose. Si je n'avais pas l'écriture, je ne sais pas ce que je ferais. Je m'impose la discipline d'écrire chaque jour afin de garder le muscle créatif alerte. Tout ce que j'écris n'est pas destiné à être partagé, mais lorsque l'inspiration jaillit, je suis prête à accueillir l'idée et à l'emmener jusqu'à mes musiciens.
Bien que vous résidiez aujourd'hui aux États-Unis, votre attachement à Montréal demeure palpable. Quelle empreinte la métropole a-t-elle laissée sur la femme et la musicienne que vous êtes?
A.R. : Son impact est incalculable. Même si mon premier album solo, Outside Child, plonge dans mon histoire intime, il s'agit avant tout d'une lettre d'amour à Montréal. J'ai traversé une enfance très difficile, et c'est véritablement cette ville et sa scène artistique qui m'ont sauvé la vie. Le Festival international de jazz, la richesse multiculturelle de la ville, ainsi que mon passage à l'école secondaire alternative MIND (Moving In New Directions) ont été décisifs. C'est là que sont nées mes convictions autour de l'entraide mutuelle [...] et de l'idée que l'art ne doit avoir aucune frontière.

Allison Russell est en tournée pour son album « In The Hour of Chaos ».
Photo : Mason Poole
Vous avez choisi de faire cette entrevue en français. Quel rapport entretenez-vous aujourd'hui avec cette langue?
A.R. : J'ai vécu mes trois premières années dans une famille d'accueil francophone, puis j'ai poursuivi mes études en immersion française. Je refuse de perdre cette langue. Le plurilinguisme est un cadeau inestimable. Le français m'a ouvert les portes de toutes les langues romanes, ce qui me permet de me repérer et d'échanger en tournée en Espagne, en Italie ou au Portugal. Lorsque je compose ou pense en français, d'autres idées germent, différentes de celles qui émergent en anglais. C'est une gymnastique bénéfique pour l'esprit, et je m'efforce désormais de perfectionner mon espagnol pour continuer à bâtir des ponts.
La genèse de votre album solo Outside Child est étroitement liée à une grande précarité durant le confinement. Comment avez-vous traversé ce moment charnière?
A.R. : L'album avait été enregistré en trois jours au studio historique Sound Emporium à Nashville lors de l'AmericanaFest 2019, grâce à une subvention du Conseil des arts du Canada. Au départ, je pensais que ces chansons ne resteraient que des maquettes. Le sujet était si intime et douloureux que j'avais peur d'endosser ma propre histoire sous mon propre nom. Puis, la pandémie a frappé. Comme beaucoup de travailleurs du milieu culturel, nous étions sans filet. Quand les contrats se sont arrêtés, nous n'avions pas d'économies pour tenir trois semaines, et nous frôlions l'insécurité alimentaire et le manque de logement. Poussée par l'instinct de survie pour nourrir ma fille, j'ai suivi mon intuition et envoyé un message spontané à Brandi Carlile sur Instagram pour solliciter un conseil.
Cette démarche spontanée a changé votre trajectoire?
A.R. : Absolument. Sa conjointe Catherine a vu le message et, en moins de 24 heures, Brandi m'écrivait avec enthousiasme débordant sur chaque chanson. Elle nous a immédiatement mis en relation avec Margi Cheske, présidente de Concord / Fantasy Records. Le lendemain, nous signions un contrat sur Zoom. En pleine période d'incertitude totale où l'industrie était paralysée, ils ont posé un acte de foi envers mon travail.

Allison Russell chante lors du gala annuel Americana Honors & Awards, à Nashville, le 22 septembre 2021. (Photo d'archives)
Photo : getty images for americana music / Terry Wyatt
Sur scène, vous êtes entourée de votre groupe, The Rainbow Coalition. À quoi le public doit-il s'attendre pour ces retrouvailles québécoises?
A.R. : Ce sera un moment de célébration collective. Nous allons chanter, danser et dialoguer. Sur disque, j'ai eu le bonheur de collaborer avec des artistes formidables, mais sur scène, la lumière est projetée sur mon ensemble. Ce sont toutes des musiciennes d'exception, multi-instrumentistes et chanteuses solistes de premier ordre. Nous revisitons les pièces marquantes des albums précédents tout en faisant résonner nos créations plus récentes. Le spectacle est pensé comme une conversation directe et chaleureuse avec le public.
Votre prise de parole publique s'accompagne toujours d'un engagement social affirmé. Comment définissez-vous le lien entre votre art et votre activisme?
A.R. : À mes yeux, vivre est en soi un acte politique. Respirer est un geste politique. Dès ma jeunesse à Montréal, en marchant dans les manifestations de Take Back the Night pour dénoncer les violences faites aux femmes et réclamer leur sécurité, j'ai compris la force de la mobilisation pacifique. Mon enfance a été marquée par la pauvreté. Ma famille a pu subsister grâce aux banques alimentaires et à la compassion de gens ordinaires qui partageaient le peu qu'ils avaient. Je ne serais pas de ce monde aujourd'hui si des mains ne s'étaient pas tendues vers nous. Participer à l'entraide et redonner à la société n'est pas un choix pour moi, c'est un devoir moral fondamental.
Allison Russell s'arrêtera au théâtre Beanfield à Montréal le 23 octobre, à l'Impérial de Québec le 24 octobre et à au Centre national des Arts à Ottawa le 25 octobre.

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