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100 ans de Miles Davis : l’art de se réinventer

1 week ago 47

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Le 26 mai 1926 naissait Miles Davis, légendaire trompettiste américain. Un siècle plus tard, son nom demeure indissociable de l’histoire du jazz et, plus largement, de la musique moderne. Au-delà de sa maîtrise de l’instrument, peu d’artistes auront autant transformé leur art au fil de leur carrière, dans une incessante quête de renouveau.

Miles Davis a contribué à révolutionner le jazz à plusieurs reprises pendant ses 50 ans de carrière. Il a toujours voulu se réinventer, et par le fait même, il a ouvert de nouvelles avenues, explique Stanley Péan, animateur de Quand le jazz est là et Soul, la nuit sur ICI PREMIÈRE.

Né en 1926 dans l’Illinois, Miles Davis commence à jouer de la trompette à 13 ans et s’impose très tôt comme un musicien convoité dans les clubs locaux. Arrivé à New York dans les années 1940, il s’immerge dans une scène bebop en pleine effervescence, aux côtés de légendes comme Dizzy Gillespie et Charlie Parker.

Il finira d’ailleurs par intégrer le quintette de ce dernier, avec qui il enregistrera des standards du jazz, notamment A Night in Tunisia (de Gillespie) et Ornithology en 1946.

Mais assez rapidement, il se rend compte que cette esthétique ne lui convient pas tout à fait. Il va mettre au point la réponse au bebop, le cool jazz, qui a un côté plus orchestré, plus arrangé, explique Stanley Péan, citant l’album phare Birth of the Cool (1957), avec ses titres feutrés comme Move et Boplicity.

Alors qu’il en est encore au début de sa carrière, Miles Davis affiche déjà ses couleurs, n’hésitant pas à s’éloigner d’une formule, même lorsqu’elle connaît du succès. Ce mouvement constant et ce refus de la stagnation traversent toute l'œuvre du musicien, un créateur aussi hyperactif que prolifique.

L'homme joue de la trompette devant des micros.

Miles Davis, lors de l'enregistrement de « Kind Of Blue », en 1959

Cinquante nuances de jazz

À la fin des années 1950, après un détour dans le hard bop, le trompettiste embrasse le jazz modal aux côtés d’une autre légende en devenir, le saxophoniste John Coltrane. Ce dernier jouera notamment sur Kind of Blue (1959), qui demeure à ce jour l’album le plus emblématique de Miles Davis, avec son célèbre titre d'ouverture So What.

C’est mon disque préféré de toute l'histoire du jazz, je ne m’en lasse pas. Pour moi, c’est le plus proche qu’on peut être de la perfection, affirme sans hésiter Stanley Péan.

L’album, que le magazine Rolling Stone a classé en 12e position des 500 meilleurs albums de tous les temps, est d’ailleurs souvent recommandé comme porte d’entrée pour les non-initiés à Miles Davis ou au jazz en général.

Contrairement au côté très technique du bebop, avec son rythme rapide et ses changements d’accords constants, Kind of Blue est plus aéré, plus apaisant. Les accords sont statiques; ils sont maintenus longtemps, ce qui ouvre à une improvisation plus libre et intuitive axée sur l’expressivité plutôt que sur la démonstration technique.

C’est une musique extrêmement sophistiquée qui n’a pas l'air de l’être. [...] C’est de la musique agréable à l’oreille, résume Stanley Péan.

Le musicien fume dans un aéroport.

Miles Davis à son arrivée à l’aéroport d’Heathrow à Londres, au Royaume-Uni, le 10 juillet 1973

Photo : Getty Images / R. Brigden

De Kind of Blue à Bitches Brew, le grand écart

Quelques années après Kind of Blue, Miles Davis fera encore une fois table rase du passé en découvrant le rock, plus particulièrement Jimi Hendrix. Toujours soucieux d’intéresser les jeunes générations, le trompettiste intègre des instruments électriques et explore de nouveaux effets pour son instrument.

Cette transition culmine avec Bitches Brew (1970), un album dense et psychédélique qui est souvent considéré comme un des actes fondateurs du jazz fusion.

Jusqu’à sa mort en 1991, Miles Davis continuera ses explorations hors de sentiers battus. Dans les années 1980, il sera fortement inspiré par Michael Jackson et Prince, avec qui il a même évoqué un projet d’album qui ne se concrétisera jamais.

Sur son ultime album Doo-Wop (1992), publié à titre posthume, il intègre même les boîtes à rythmes caractéristiques du hip-hop, qui étaient alors en pleine expansion. Un saut en avant spectaculaire pour un musicien né à l’époque du gramophone.

Rémi Cormier souffle avec vigueur dans sa trompette.

Le trompettiste québécois Rémi Cormier se considère comme l'un des héritiers de Miles Davis.

Photo : Ben Do Rosario

Le trompettiste Rémi Cormier, héritier de Miles Davis

Le trompettiste Rémi Cormier, Révélation Radio-Canada 2023-2024, ne saurait trop souligner l’importance de Miles Davis dans son parcours.

Ça a tellement influencé la manière dont je compose, la manière dont je joue, la manière dont j’improvise, explique-t-il. Il y a aussi son grand sens de l'exploration. C’est quelque chose que j'essaie de recréer dans mon quotidien; j’essaie de ne pas rester complaisant dans ma musique.

Le 2 juillet prochain, au Festival international de jazz de Montréal, le jeune musicien interprétera d’ailleurs avec son groupe un classique de Miles Davis : l’album Ascenseur pour l'échafaud, trame sonore du film du même nom sorti en 1957, qui sera projeté pendant la prestation.

Pour le jeune musicien, qui a lancé en février son deuxième opus, Rich State of Mind, il n’est pas question d’interpréter platement l’album, sans dévier d’une note. On va réinventer l’album. Je prends des segments des compositions de Miles et je les réarrange de façon plus moderne, avec des influences du hip-hop, du funk et du jazz moderne, explique-t-il.

Si on était en mode ''groupe de reprises'', j’ai l’impression que Miles se serait retourné dans son cercueil. C’est quelqu’un qui voulait tout le temps tout réinventer. Jouer sa musique telle quelle, ce serait quasiment anti-Miles.

Au-delà de la musique, Rémi Cormier retient aussi le grand sens du marketing de Miles Davis, dont la dégaine de vedette du rock contrastait dans un milieu perçu comme très intellectuel. Il a amené un style vestimentaire, il savait comment construire son image. Avec lui, c’est devenu cool de jouer du jazz, explique-t-il.

Il y a encore beaucoup de jazzmen qui sont des musiciens incroyables, mais qui ne savent pas trop comment se mettre en avant, se vendre. Miles, c’était le full package.

Sept albums incontournables de Miles Davis à (re)découvrir

Birth of the Cool (1957)

Un projet à l’origine du cool jazz, reconnaissable à ses arrangements soignés et à une esthétique plus feutrée que le bebop.

Milestones (1958)

Album charnière où Miles Davis amorce l’exploration de nouvelles structures se rapprochant du jazz modal, un an avant Kind of Blue.

Kind of Blue (1959)

Un classique du jazz modal, souvent cité pour son approche épurée et son sens de l’espace, qui a profondément marqué l’histoire du genre.

In a Silent Way (1969)

Une œuvre hypnotique et minimaliste qui comporte seulement deux pièces de près de 20 minutes chacune, et qui marque le passage vers la période électrique de Miles Davis.

Bitches Brew (1970)

Une rupture nette avec le jazz traditionnel, mêlant instruments électriques et influences rock dans une construction sonore dense.

On the Corner (1972)

Album radical et échec commercial dans lequel Miles Davis fusionne funk, rock et influences indiennes dans une transe urbaine répétitive, une œuvre longtemps incomprise, mais aujourd’hui reconnue comme visionnaire.

Tutu (1986)

Un autre album clivant de Miles Davis où il vise un son résolument moderne, adoptant les textures électroniques et le funk synthétique des années 1980.

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